MTC, Médecine moderne et obésité

24 décembre 2014

MTC, MÉDECINE MODERNE et OBÉSITÉ

La détermination des frontières d’un pays se fait le plus souvent dans la guerre, dans la douleur. Périodes d’invasion, de reflux, d’expansion, de contraction, de régression, d’accroissement se succèdent dans une sorte de rythme plus ou moins anarchique comme une forme de respiration stertoreuse (c’est celle des malades dont la respiration est difficile et accompagnée de ronflements, de râles). Quand lassé de toutes ces sauvageries, une bonne partie des peuples intéressés trouvent enfin un équilibre – souvent précaire – un « modus vivendi » se met en place.

Ce fragile état d’équilibre est le fruit de la recherche, de la prise de conscience, du développement et de l’interpénétration en parallèle de tout un ensemble de « vertus cardinales » - le bien, la bonté, la vérité, la beauté, l’art sous toutes ses formes… - - communes à toute une population, - élaborées, exprimées à partir des valeurs, des principes fondamentaux et suprêmes de la « Nature », - mises en évidence par un ensemble de philosophes, de chercheurs, de théoriciens, d’artistes, de politiques etc., - et dont un des principaux vecteurs est le langage.

Tous les événements qui font l’histoire d’un peuple, au fil des siècles le soudent et forgent sa propre culture. Cette notion, même si elle est à l’heure actuelle quelque peu galvaudée, est capitale : elle représente le lieu de convergence de l’ensemble des structures sociales, religieuses, politiques, des manifestations intellectuelles, artistiques, des us et coutumes, des habitudes alimentaires…en somme de l’habitus de sa population. Chacun de ses membres y puise ses propres racines et se rattache ainsi à ses « frères de race ». L’ensemble de ces phénomènes crée une forme d'unité de vue, de pensée et de vision de l’avenir qui permet la pérennité de cette population : cette concorde plus ou moins harmonieuse procède de l’angle de vue à partir duquel un peuple décrypte les règles universelles de la nature.

Une culture vit, elle fluctue donc selon un rythme variable. Quand elle s’ébauche, sa construction est heurtée, saccadée mais sous-tendue par certaines constantes : importance du facteur temps, convergence d’intérêts humains, sociaux, intellectuels, artistiques… Le respect de la tradition en assure la pérennité ; l’intégration d’autres cultures, pour autant que ces dernières en respectent la cohérence, l’harmonie et l’authenticité, l’enrichit.

Explosion du phénomène scientifique

Détruire est chose facile et rapide, construire, beaucoup moins. Aussi l’involution d’une culture – manifestation qui apparaît comme inéluctable à la « lecture de l’histoire » – peut-elle être accélérée par des événements ou des faits exceptionnels. L'explosion du phénomène scientifique au cours du siècle écoulé en représente un exemple patent.

Son irruption massive dans notre quotidien en a modifié considérablement la perception quand elle n’en a pas tout simplement annihilé des pans entiers. C’est ainsi qu’ont disparu de nos foyers beaucoup de recettes de grand-mère, des rites, des rythmes, une hygiène de vie qui ont permis à de nombreuses générations de traiter nombre de maladies et de survivre à des conditions de vie et d’hygiène précaires.

Certaines connexions médicales ont été balayées comme fétus de paille puisque non validées par la science : l’homme moderne présente une douleur lombaire ou "au bas du dos", il n’a pas « mal aux reins » ni de « tour de reins ». Combien de femmes n'accouchent-elles pas "par les reins" ? Et pourtant… pour nos Anciens comme pour la tradition chinoise, cette région est sous la dépendance de l’organe rein, tout comme le bras est sous celle de l’organe cœur - le médecin moderne sait qu’il doit suspecter une origine cardiaque lorsqu’un patient présente une douleur brachiale à l’effort. La proximité anatomique de la région lombaire et des reins ne plaiderait-elle pas pour cette représentation ?

La science, dans sa jeunesse et sa toute-puissance, est orgueilleuse, fougueuse, puissante, impétueuse – voire impérieuse : elle balaye tout sur son passage. En cela, elle se conduit comme un adolescent qui, fort de ses nouvelles connaissances, de ses récents acquis – "moins on en sait, plus on a l'impression d'en savoir" - et de sa puissance créatrice, n’a que faire des balivernes des Anciens. Les notions de patience, de précautions, de distanciation intellectuelle, d’humilité sont mises en réserve.

Cela donne bien sûr, toutes sortes d’expériences saines dans la majorité des cas puisque la science possède à son actif, maints progrès, nombreuses avancées. Mais elle est parfois redoutable : les manipulations génétiques, les expérimentations douteuses sur les OGM, le clonage, les bombes atomiques, à hydrogène…sont autant de manifestations s’apparentant à des expériences d’apprenti sorcier.

Il serait peut-être temps d’arrêter cette course effrénée, de prendre le temps de poser un regard serein sur toutes ces évolutions, de s’accorder un temps de « respiration » et d’observer avec une grande hauteur de vue toutes ces métamorphoses.

La science est un merveilleux outil, mais dangereux parce que très puissant et déconnecté d'une véritable culture philosophique, éthique, métaphysique, etc. Elle ne reste cependant qu’un outil : devons-nous passer sous ses fourches caudines ? Est-ce le pinceau de Léonard de Vinci qu’il faut admirer ou l’esprit qui l’animait ?

Pourquoi ce long préambule ?

Parce qu’il m’est apparu que la multitude de régimes diététiques proposés dénotaient une inexpérience, des tâtonnements, révélateurs d’une méconnaissance des grandes lois de la nature.

L'histoire du dernier millénaire s'est montrée particulièrement "prolifique" en guerres et luttes de toutes sortes. Qui dit guerre, dit famine ; la dernière sur notre sol remonte à un peu plus d’un demi-siècle. Or, en cas de famine, les personnes corpulentes sont enviées, vénérées sinon jalousées. Ne disait-on pas d'elles qu'elles étaient "bien portantes" ?

En d’autres termes, l’Occident n’a perçu le côté néfaste du surpoids que dans les années soixante, soixante-dix : cela ne fait donc que quatre à cinq décennies qu’il s’attache à le combattre. D’où les hésitations, les différentes propositions, les tâtonnements, les méthodes qui parfois se contredisent à qui mieux mieux !

Quand de plus, le surpoids et l’obésité explosent de par le monde occidental, l’homme moderne est décontenancé, déstabilisé pour ne pas dire désabusé par cette cacophonie : « Qui dois-je croire ? Quelle méthode dois-je suivre pour parvenir à mes fins ? » Voilà l’antienne qu’entendent les médecins à longueur de consultations de la part de personnes qui en souffrent.

Malgré sa force, la précision analytique de sa technologie, avant que la science ne devienne véritable culture, bon nombre d’érudits, de philosophes, d’artistes… devront se pencher sur son étude : à partir de là, son avenir s’annoncera particulièrement radieux ! Pour l’instant, de glissements en dérives, de compromissions en dérapages… nous nous éloignons des lois fondamentales de la Nature que nos Anciens ont eu tant de mal à élaborer : tout est cycle…et rythme !

D’un autre côté, notre médecine moderne a su explorer le monde de l’infiniment petit et mettre à jour, découvrir tant sur le plan physiologique que physiopathologique de nombreuses interrelations vitales. Ces découvertes ont amené des avancées certaines au niveau préventif comme au plan thérapeutique ; elles nous éclaboussent littéralement, si bien que nous peinons pour en trouver le fil d’Ariane, le fil conducteur. C’est ce qui explique, pour partie, la cacophonie de toutes les solutions proposées pour venir à bout de ce fléau moderne que sont le surpoids et l’obésité.

En face, la richesse de la tradition médicale chinoise peut constituer un arrimage de choix à notre « désorientation » pour peu qu’on puisse en extraire les principes essentiels.

A partir de ces données, il m’a semblé judicieux de concilier les vertus de l’une et l’autre médecine et d’en faire la synthèse pour en élargir leurs champs préventif et curatif.

Pourquoi la diététique

issue de la médecine traditionnelle chinoise ?

La pensée chinoise – toute en subtilité et cependant empreinte d’une grande hauteur de vue – présente une complexité difficile à appréhender pour notre esprit cartésien. De ce fait, de nombreuses études, moult livres ont cherché à la cerner avec plus ou moins de bonheur.

Pour tenter d’y parvenir, il est nécessaire dans un premier temps, de s’en imprégner, la « vivre » pendant de longues années, conforter sa justesse de vue par l’expérience quotidienne pour se dégager petit à petit des limites de notre cadre de pensée presque exclusivement étalonnée à l’aulne de la pensée scientifique.

Puis vient le temps des questions, des remises en cause pour s’apercevoir que, en fait, la culture judéo-chrétienne à laquelle nous appartenons, est celle dont nous vivons. La renier serait source de décalage, donc de souffrances ; tout juste peut-on l’enrichir par l’approche et l’étude d’autres cultures, cohérentes parce que pluri-millénaires, comme celle de la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC) et en tirer ainsi la « substantifique moelle. »

Curieusement, hormis quelques rares expériences, cette médecine a été l’objet de peu de recherches scientifiques, comme si la nôtre, si puissante dans de nombreux domaines, la craignait. Sont-ce relents de quelque sulfureuse ignorance ? N’existe-t-il vraiment que ce que la Science peut prouver ? Avons-nous oublié les vertus du fameux « doute méthodique » cartésien ? Ou est-ce le fait de cette adolescence ?

Répondre à ces questions nous amènerait peut-être à un peu plus de cette humilité nécessaire à toute philosophie bien comprise donc intégrée. Mais ceci est une autre histoire !

La diététique chinoise

Pourquoi, non plus, ne pas considérer la MTC, et ceci est une autre voie d’exploration, comme un ensemble de postulats, c’est-à-dire de principes indémontrables ou à démontrer. Pour la plupart, notre Science, grâce à sa puissance technologique en a largement les moyens. Pourquoi s’en priver ? Une médecine capable de soigner une angine en quelques minutes et qui perdure depuis plusieurs millénaires ne mérite-t-elle pas non plus d’y consacrer des études sérieuses pour en valider ou en infirmer les différentes assertions ?

Quoiqu’il en soit, trop d’imprécisions ont été écrites ou dites sur ce sujet et le devoir de tout acupuncteur est de donner une information volontairement concise, claire, précise et pratique sur le fonctionnement, les indications et les racines d’une culture de soins issue d’un art, d'un savoir-vivre et d’un savoir-faire appartenant à une civilisation plusieurs fois millénaire, afin d’aborder les problèmes de surpoids et d’obésité avec sérénité.

La MTC n’est pas la seule à être traditionnelle et harmonieuse. Cependant sa précision, son homogénéité et son universalité en font une base solide sur laquelle nombre de civilisations peuvent s’appuyer. Cette vision « juste » et cohérente est due à une patiente recherche des éléments fondamentaux qui composent l’Univers et à une intégration de ces découvertes au décryptage de la vie de tous les jours. Cette construction n’a pu, elle aussi, se réaliser qu’à partir – et au travers – de nombreux tâtonnements au cours des siècles qui ont fait son histoire.

Parmi toutes les civilisations dont les vestiges sont parvenus jusqu’à nous, la médecine traditionnelle chinoise est celle, avec la médecine indienne – l’Ayurveda –qui nous est restituée avec le plus de précision et dont les références sont les plus nombreuses. Cette cohérence de pensée en fait sa force et sa pérennité.

La diététique traditionnelle chinoise, partie intégrante de cette médecine qui a donné naissance entre autres à l‘acupuncture, date donc de plusieurs millénaires. Cette antériorité lui confère une assise, une culture qui la met à l’abri de théories plus ou moins aléatoires : elle en est au stade des certitudes. Les recherches actuelles permettent seulement d’en élargir le cadre et, en aucun cas, ne remettent en cause les acquis de base forgés par des siècles d’expérience. N’est-elle pas hautement rassurante ?