Le Thé, élixir de longévité

2 décembre 2015

A chaque peuple, sa culture. A chaque culture, ses repères !

Dans la Chine classique, la recherche de la longévité, procédant d’aspirations élevées, représente un jalon de première importance.  Il s’agit plus d’« être mieux » que de « vivre vieux ». Le surcroît d’âge n’est qu’une conséquence :

  • « être plus soi » pour être plus à même de s’ouvrir au monde,
  • en prendre pleinement conscience par le biais d’une hygiène de vie sereine, tout en épousant étroitement les lois de l’univers,
  • en tirer une ligne de vie harmonieuse, voie directe et obligée d’une certaine quête du bonheur au lieu de s’étourdir dans une recherche effrénée de plaisirs.

Au total, l’objectif devient de vivre jeune plus longtemps.

Le thé participe de cette recherche à la fois par ses vertus et par le rituel dont les Anciens ont su l’entourer.

En Chine et dans la plupart des pays asiatiques, il s’impose pour honorer ses hôtes, il permet de « prendre de la hauteur » par rapport aux événements, de s’y préparer dans le calme et la sérénité afin de les aborder dans les meilleures conditions possibles.

                        Breuvage médicament

Au-delà des vertus attachées au cérémonial, s’expriment des propriétés médicales étendues. Le thé :

  • favorise la digestion - en particulier celle des graisses et des viandes,
  • dissout les mucosités - ce sont les premières pourvoyeuses d’obésité pour la médecine traditionnelle chinoise (M.T.C.). Indépendamment de son effet diurétique, ces deux propriétés expliquent en partie son action amaigrissante qui, pour être faible, n’en demeure pas moins réelle,
  • arrête la diarrhée,
  • atténue les méfaits de l’alcool et autres toxiques (tabac, pollution atmosphérique, alimentation inadaptée…),
  • possède un fort pouvoir hydratant : il désaltère plus efficacement que l’eau et favorise la production de ce que les Chinois appellent les liquides organiques. (Ceux-ci correspondent à l’eau « liée » de notre médecine – celle qui fait partie intégrante des cellules, permet leur bon fonctionnement et donc celui des différents organes la peau, le système digestif, les articulations, les échanges ioniques…). Ils correspondent aussi aux différentes secrétions organiques que sont la salive, la sueur, les urines … Il favorise ainsi l’hydratation de l’ensemble de l’organisme sans pour autant fatiguer les reins,
  • limite l’hypertension artérielle, à l’inverse du café ; il participe donc à la prévention des maladies cardio-vasculaires,
  • atténue les nausées de la femme enceinte,
  • sur le plan mental, la théine qu’il contient stimule la vigilance, les fonctions intellectuelles (concentration, mémoire…), « éclaircit les idées » et s’il est de qualité, sans énerver, ni entraîner d’insomnie, de palpitations - tous symptômes qu’induit le café. Cette boisson possède beaucoup plus de caféine, molécule identique à celle de la théine.

Cette énumération est loin d’être exhaustive : outre son impact sur le cœur, il est intéressant dans la prévention d’autres pathologies.

Maladies cardiovasculaires

 Les recherches récentes ont mis en évidence son rôle antioxydant grâce, en particulier, à ses polyphénols, et à ses flavonoïdes. Ces principes actifs luttent efficacement contre les fameux radicaux libres dont on connaît maintenant la responsabilité dans le vieillissement, l’athérosclérose, les maladies cardio-vasculaires dont les accidents vasculaires cérébraux.

Le thé stimule légèrement le cœur, limite l’artériosclérose, empêche ainsi la formation de thrombus (caillots sanguins ou athéromateux qui, en migrant, peuvent obstruer les gros vaisseaux sanguins – c’est la redoutable embolie – et partant, contribue à diminuer la prévalence de ces accidents cardio-vasculaires, première cause de décès dans nos pays développés.

 Thé et cancer 

Ces radicaux libres, que le thé contribue à éliminer, favoriseraient aussi l’apparition de certains cancers.

Serait-ce ce phénomène qui expliquerait l’effet anti tumoral du thé sur la prostate ? Lors du Congrès américain Experimental Biology 2004, une équipe de Los Angeles (Susanne Henning et coll., UCLA) conforte les études épidémiologiques antérieures. Les expérimentations sur l’animal en suggèrent cette action : les polyphénols du thé se retrouvent très vite dans la prostate des sujets étudiés qui, - de ce fait ? -, contient moins de polyamines, substances associées à certains cancers.

Cette étude montre, de plus, que le sérum provenant des buveurs de thé atténue la prolifération d’une lignée de cellules tumorales chez des animaux.

Tout donne à penser que des études ultérieures tendront à valider son action dans d’autres pathologies tumorales ou non.

                        Ses caractéristiques diététiques

Le thé possède une nature fraîche. C’est une notion que chacun d’entre nous pressent mais que notre diététique n’a pas encore formulée de façon précise. Elle est pourtant essentielle : un aliment exerce une action sur la température du corps, quelle que soit sa température d’absorption.

Certains, comme le piment, les épices fortes et à un degré moindre le café entraînent une action échauffante sur votre organisme : l’alcool, même absorbé frais – comme le rosé ou le champagne – réchauffe.

D’autres – mouton, poulet, poireau… - ont une action tiédissante ; la salade, le concombre vous rafraîchissent tandis que l’ananas, la rhubarbe ou le cresson vous refroidissent carrément.

Certains, tel le chou, n’ont pas d’action notable : ils sont dits neutres.

Aucun aliment n’étant une panacée, cette nature fraîche et certaines propriétés du thé contraint l’utilisateur à quelques précautions.

Précautions d’emploi

Pour la M.T.C., il est déconseillé :

  • tout au long de la grossesse ou de l’allaitement, sauf en cas de nausées,
  • mais aussi en cas de :
    • constipation chronique et/ou opiniâtre,
    • mictions fréquentes, abondantes et/ou de couleur claire, nycturies (besoin d’uriner la nuit),
  • les thés verts et oolong sont déconseillés en cas de frilosité locale (extrémités des membres, nez, région lombaire, genoux …) ou générale ; seuls les thés noirs peuvent être consommés régulièrement.
  • Il est de plus incompatible avec certaines plantes de la pharmacopée chinoise : le fameux ginseng, dont il neutralise les effets tonifiants, en est un exemple. A ce titre, le thé au ginseng vendu dans le commerce est un non-sens.

Les recherches modernes ont aussi montré que le thé :

  • s’oppose à l’absorption du fer,
  • freine l’assimilation de certaines protéines ou substances médicamenteuses.

Il est donc conseillé de le boire en dehors des repas et des prises de médicaments.

Il peut aussi :

-   aggraver les ulcères gastriques ou duodénaux,

  • générer des palpitations cependant moins que le café,
  • jaunir les dents – favoriserait-il la production de tartre dentaire ?
  • provoquer des céphalées en cas d’excès et parfois des acouphènes (sifflements ou bourdonnements d’oreille).

En cas de palpitations, d’insomnie ou de nervosité, vous pouvez le «déthéiner » en jetant la première eau après deux ou trois minutes d’infusion. Reversez alors de l’eau frémissante sur ce thé dont les effets indésirables sont alors fortement atténués.

                        Les différentes variétés de thé et leur classification

 Le thé est issu d’un arbrisseau de la famille des camélias, originaire de la Chine méridionale. Il est, à l’heure actuelle, cultivé dans toute l’Asie du Sud-est. A l’état sauvage, le théier peut atteindre dix mètres ; toutefois en culture, on le laisse rarement dépasser trois mètres.

Je ne parlerai ici que des thés chinois élaborés à partir de méthodes artisanales ancestrales. Ceux que l’on trouve en Occident proviennent aussi d’autres pays, principalement de l’Inde et du Sri Lanka. Contenant plus de théine, ils possèdent un goût et des arômes plus prononcés ; ils n’en sont donc que plus agressifs pour l’organisme.

En outre, récolte, séchage et torréfaction dépendent de principes différents ou indéfinis – certains contiennent de vieilles feuilles voire quelques brindilles, ce qui les rend aussi nocifs que le café - ; leurs critères, de ce fait, sont moins paramétrables et leur classement d’autant plus difficile.

Ceux présentés en sachet sont, quant à eux, carrément à bannir puisque ce conditionnement leur enlève une bonne partie de leur vitalité et de leurs propriétés.

Le vrai thé chinois provient des quatre ou cinq dernières feuilles du théier. Arrivées à maturité, récoltées manuellement, elles sont ensuite séchées. Il en existe schématiquement trois sortes selon leur degré de fermentation :

  • les thés verts, non fermentés,
  • les thés oolong, semi-fermentés,
  • les thés noirs, fermentés.

Les thés verts, comme la couleur vert ambré qu’ils prennent une fois infusés, ne subissent aucune fermentation : aussitôt cueillies, les jeunes pousses sont torréfiées à haute température. C’est le thé le plus fort et le plus rafraîchissant. C’est aussi celui dont les indications sont les plus larges.

Celui qui possède le plus de vertus médicinales est le thé blanc, « Jin Zhen = aiguille d’argent » : il est récolté deux fois par an selon un protocole très élaboré. Sa saveur est subtile. Il est rare donc cher.

Le plus connu est le « Long Jing = Puits du Dragon » mais le plus consommé – en particulier dans les pays arabes avec de la menthe – est le « Gun Powder » dont les feuilles sont d’abord roulées puis séchées.

Le thé au jasmin qui vous est proposé dans les restaurants chinois est excellent. Sa consommation doit cependant en être limitée car, pris régulièrement, il peut entraîner eczémas et/ou démangeaisons.

Les thés oolong : les feuilles sont d’abord mises à fermenter quelques jours à quelques semaines avant d’être séchées au soleil ou près d’un feu. Leur saveur est douce et délicate, leur nature profonde légèrement fraîche et leur couleur plutôt jaune ambrée.

Il en existe de nombreuses variétés.

Les thés noirs : leur fermentation est beaucoup plus longue, ce qui leur enlève en grande partie leur nature fraîche. Ils sont ensuite soit séchés au soleil ou près d’un feu, soit fumés avec différentes essences de bois qui leur confèrent alors des saveurs variées. Leur couleur est marron rouge.

Ce sont les plus réputés pour favoriser la baisse du cholestérol et lutter contre la prise de poids ; ils sont aussi les plus efficaces pour limiter les nausées de la femme enceinte surtout en y ajoutant du gingembre sec.

Un des plus connus dans notre pays est le fameux Tuo Cha qui se présente compacté sous la forme d’un nid d’oiseau. Cette présentation, toutefois, lui ôte une bonne partie de ses propriétés.

Lequel choisir ?

 Faites-le en fonction de la saison, du climat, de votre humeur et de votre état de santé : plus un aliment rafraîchit, plus il ralentit la circulation énergétique. A l’inverse, plus il réchauffe, plus il l’accélère.

  • S’il fait froid, en hiver ou si vous vous sentez fatigué(e), déprimé(e), sans énergie, cela signifie que votre circulation énergétique et sanguine est freinée. Choisissez le thé noir qui n’a pratiquement pas d’action sur ce mouvement.
  • L’été ou si vous êtes en forme ou réchauffée(e), c’est le thé vert qui vous conviendra le mieux.
  • Les états et les saisons intermédiaires vous feront préférer les thés oolong.

                                   Comment préparer le thé ?

Si les variétés de thé sont nombreuses, leur préparation codifiée obéit à des lois précises.

  • Munissez-vous d’une théière de préférence en terre cuite ou, à défaut, d’une casserole en émail, en verre, en inox mais surtout ni en fer, ni en aluminium – cela enlèverait une partie des propriétés médicinales du thé, comme d’ailleurs celles d’autres plantes.
  • Faites bouillir une quantité d’eau minérale ou de source suffisante pour en ébouillanter le fond quelques secondes.
  • Après avoir jeté cette première eau – pour les Chinois, « vous la rendez à la Terre » – mettez une pincée de thé par personne : c’est ce que vous pouvez prendre entre le pouce et les quatre autres doigts tendus.
  • Ajoutez l’eau frémissante en quantité adéquate que vous déterminerez facilement avec l’habitude.
  • Après avoir refermé le couvercle, laissez infuser.

Classiquement, il se consomme en trois fois :

  • au bout de deux à trois minutes, le thé est léger et parfumé,
  • faites frémir à nouveau la même quantité d’eau que vous versez sur les feuilles restées au fond de la théière. Laissez infuser quelques minutes puis servez. Cette deuxième infusion révèle le véritable goût du thé et toute sa saveur,
  • en renouvelant une troisième fois l’opération, la saveur et le goût deviennent plus marqués, voire teintés d’âcreté. C’est cette dernière infusion qui possède le plus de propriétés médicinales.

Cette façon de procéder est rarement compatible avec notre rythme de vie ; aussi, faut-il l’adapter aux conditions actuelles. Vous pouvez procéder de deux façons :

  • mettez la quantité de thé voulue au fond d’une petite théière ou d’une tasse et remplissez-la d’eau frémissante ; les feuilles remontent à la surface. Celles-ci redescendent au bout de quelques minutes : vous pouvez consommer votre thé. Au fur et à mesure de vos besoins, rajoutez de l’eau frémissante sur les feuilles restées au fond.
  • vous pouvez aussi préparer votre thé en quantité suffisante pour la journée  dans votre théière habituelle. Après quelques minutes d’infusion, vous en versez le contenu après l’avoir filtré, dans une bouteille thermos. Vous aurez à volonté du thé chaud pour la journée.

La lecture de ce passage fera bondir plus d’un puriste. Quoiqu’il en soit, cette façon de procéder est préférable au fait de boire de l’eau pure même tempérée – quand elle n’est pas froide, voire glacée – pour se désaltérer et mieux se porter.

Quelques recommandations

  • Une théière ne se lave pas (pour la « culotter ») et ne se rince qu’à l’eau chaude.
  • Le thé se suffit à lui-même et, pour garder toutes ses propriétés, doit être bu pur, sans adjonction de quelque ingrédient que ce soit : sucre, lait, citron, miel, plantes diverses – exception faite du gingembre dans le traitement des nausées de la grossesse, comme indiqué précédemment.
  • Le boire froid le rend légèrement toxique et indigeste ; à cet égard, la récente mise sur le marché de thé glacé et sucré laisse songeur.
  • Ne consommez pas le thé de la veille, il a perdu beaucoup de ses propriétés, et tend lui aussi à devenir toxique.
  • Le consommer bouillant est aussi nocif pour les voies digestives. Pour la médecine traditionnelle chinoise, « boire ou manger trop chaud blesse les os ».
  • Sa consommation doit être étalée dans la journée par petites tasses en fonction d’un critère largement suffisant, celui de votre soif. Seules, les personnes âgées doivent s’astreindre à boire régulièrement et en petite quantité ; elles perdent en effet la notion de soif.

Ne vous forcez pas à boire. La médecine moderne vous y incite. Elle n’est pas à une théorie près et ne craint pas de les rejeter par la suite – coucher les bébés sur le ventre, garder le lit en cas de lombalgie aiguë, plâtrer la moindre entorse…, toutes théories abandonnées à l’heure actuelle.

Gardez à l’esprit que la nature a horreur des excès – trop ou pas assez manger, dormir, faire du sport…- en d’autres termes, l’organisme présente un équilibre complexe, précis pour ne pas dire fragile ; le « trop » et le « pas assez » ne peuvent qu’être nocifs.

Enfin petits détails, savez-vous que :

  • les feuilles de thé infusées sont d’excellents engrais pour les plantes.
  • Et que, ajoutées à l’eau du bain, elles adoucissent la peau ?

Le proverbe chinois qui invite « à ne pas attendre d’avoir soif pour commencer à creuser un puits » rejoint un des nôtres qui incite « à prévenir plutôt que guérir » et signe en cela la préoccupation majeure de toute médecine.

La nôtre – extrêmement efficace dans certains domaines thérapeutiques et moins dans d’autres – a encore à apprendre des anciennes traditions, en particulier au niveau de la prévention. Ces cultures ont su corriger, peaufiner de nombreux concepts au cours des siècles pour aboutir à une plénitude, une cohérence qui leur fait appréhender un aliment ou une boisson dans sa globalité, sa spécificité tout en l’intégrant dans notre environnement.

Le thé, tout comme le riz, constitue, à ce titre, une des clés de voûte de la prévention des maladies.