Infections urinaires et acupuncture

27 août 2015 Domaine peu connu du champ d’action de la MTC, les pathologies infectieuses de façon générale et de l’appareil urinaire en particulier sont parfaitement accessibles au traitement par l’acupuncture. Les prévenir, éviter les rechutes des cystites, urétrites et autres prostatites, et ce quelle que soit leur origine, sont parfaitement de son ressort. Dans un premier temps, je n’aborderai ici que les maladies du bas appareil urinaire. Les résultats sont spectaculaires en termes d’efficacité et de rapidité d’action. Madame M-F.H., 36 ans, souffre de cystites à répétition – en moyenne tous les deux mois depuis son accouchement, 5 ans auparavant. Plusieurs examens sont pratiqués après les premiers épisodes : ils ne montrent aucune malformation de l’arbre urinaire sus-jacent ni aucun obstacle – tumeur, calcul… Plusieurs traitements antibiotiques et antiseptiques sont initiés avec succès dans un premier temps. Les récidives ayant tendance à se rapprocher sont d’autant mal vécues que le traitement semblait de moins en moins efficace. Le 21 août 2003, en pleine crise, sur les conseils d’une amie, elle décide de me consulter plutôt que d’entreprendre un énième traitement allopathique. A son grand étonnement, après la pause de quelques aiguilles, la douleur s’atténue pour disparaître quasiment au bout d’une trentaine de minutes. Pour consolider ce traitement d’attaque, une séance supplémentaire est décidée une semaine plus tard. Cette femme avait présenté quelques manifestations de cystite mais très atténuées qu’une nouvelle pose d’aiguilles faisait disparaître tout aussi spectaculairement. Afin de fortifier son terrain et éviter ainsi les récidives, une ordonnance de pharmacopée chinoise lui est alors prescrite pour un mois. M-F. H. revient à la fin de ce traitement. Elle se sent nettement moins fatiguée, dort mieux et précise que les lombalgies qui l’handicapaient de façon itérative depuis plusieurs années se sont estompées dans des proportions notables. Un nouveau traitement de phytothérapie tenant compte des améliorations observées est alors institué pendant deux mois. Depuis plus de dix ans, cette femme n’a présenté aucune récidive. Un autre exemple est celui de H.L., 39 ans. Cette malade souffre de la même affection depuis ses trois derniers accouchements – elle a eu cinq enfants. Après avoir subi les examens complémentaires pour éliminer toute étiologie suspecte, elle me consulte le 12 mai 2010. « J’ai horreur des aiguilles » m’assène-t-elle d’emblée. Je revois son mari le 11 juillet 2013 où il m’indique que sa femme n’avait présenté aucune nouvelle crise depuis cette séance d’acupuncture quelque peu « sportive ». Que retenir de ces 2 cas  Tout d’abord nombreux sont les acupuncteurs à obtenir ce genre de résultats Et « qu’une hirondelle ne faisant pas le printemps », ces cas spectaculaires ne sont pas légion. La plupart du temps, une cystite nécessite plusieurs séances d’acupuncture, accompagnées de formules phytothérapies personnalisées et de conseils diététiques appropriés. Et surtout que les cystites itératives nécessitent des examens appropriés pour éliminer une étiologie suspecte en faisant appel aux moyens de la médecine moderne, source de sérénité tant pour le patient que pour le thérapeute.

La sémiologie médicale moderne

Voyons d’abord l’approche médicale moderne de ces infections et les principaux syndromes s’y rapportant de façon succincte.  Chez la femme La cystite est la pathologie la plus fréquemment rencontrée. Son origine est très souvent infectieuse : le point de départ est souvent une vulvo-vaginite, ou une pathologie urétrale au niveau du méat urinaire. Les principaux signes en sont : douleur à type de brûlures, aggravées en fin de miction, pollakiurie – besoin d’uriner fréquemment – une sensation de pesanteur au niveau du petit bassin, etc.
  • Une autre pathologie fréquente et peu ou pas symptomatique est l’infection à Chlamydia Trachomatis dont la sanction est redoutable : elle est la première cause des salpingites et des stérilités.
  • Tout comme chez l’homme, elle peut être le fait de calculs rénaux ou vésicaux, de fistule vagino-rectale, etc.
  • Un micro-organisme particulier, le Mycoplasme, plus rare, peut être la cause d’endométrite du post-partum – infection de la muqueuse utérine après l’accouchement.
  • L’infestation par un parasite, le Trichomonas, est responsable de leucorrhées malodorantes, mousseuses qui peuvent être accompagnées de prurit vulvaire.
  • Plus rarement de nos jours, sévit encore le gonocoque dont découle des cervico-vaginites peu symptomatiques donc souvent négligées. Cette infection peut pourtant se compliquer de salpingite aiguë ou chronique, de stérilité, de grossesse extra-utérine, d’endométrite ou d’endométriose.
 Chez l’homme Les cystites sont moins fréquentes que chez la femme ; de nombreux phénomènes peuvent en être à l’origine : malformation congénitale, corps étrangers, calculs rénaux ou vésicaux, pathologie rénale, fistule – conduit pathologique entre plusieurs organes – entre la vessie et l’intestin par exemple. A noter que, dès la première crise, contrairement à ce qui se passe pour la femme, les examens appropriés doivent être déclenchés à la recherche de l’étiologie de ce syndrome.
  • Une urétrite peut aussi être le fait d’un Trichomonas, d’un Mycoplasme ou d’un Gonocoque. Ce dernier peut entraîner une épididymite, une orchi-épididymite – infection de l’épididyme et du testicule – une prostatite ou exceptionnellement une septicémie subaiguë avec des localisations cutanées et articulaires.
  • L’orchi-épididymite ou l’épididymite aiguë peut avoir aussi une origine vénérienne ou provenir d’une infection urinaire due à un obstacle cervico-prostatique ou à des manœuvres endoscopiques à visée diagnostique. Cette pathologie se caractérise par des douleurs testiculaires prononcées et une fièvre très élevée.
  • Une autre cause peut être mise en évidence bien que plus rare de nos jours, la tuberculose génitale.
  • Autre syndrome relativement fréquent : la prostatite ou inflammation de la prostate. Quand elle est aiguë, elle est souvent d’origine bactérienne et provoque une fièvre qui peut être élevée avec frissons, brûlures à la miction, pollakiurie, difficulté à uriner voire rétention d’urines. La cause en est souvent une urétrite mais aussi les manœuvres endoscopiques, les sondes à demeure…
  • Les signes d’une prostatite chronique sont plus modérés et variables dans le temps : douleur à la miction, douleur sus-pubienne et/ou périnéales, pollakiurie, miction impérieuse en sont le témoin.
  • Plus rare et surtout peu connue la prostadynie - douleur et troubles mictionnels variés - est difficile à traiter pour la médecine moderne : décongestionnant pelvien, cure thermale et prise en charge de la douleur sont souvent associés pour un résultat parfois décevant.
Tout cela met en évidence la complexité du diagnostic moderne avec comme conséquence implicite, une spécialisation médicale de plus en plus poussée et des examens biologiques, radiologiques de plus en plus fins pour traquer le microbe, parasite ou virus responsable. Un grand savant du 19ème siècle n’en prenait-il pas conscience en s’écriant au soir de sa vie : « le microbe n’est rien, le terrain est tout » ? Quelle est alors la place du patient dans cette démarche ? Rendons-nous à l’évidence : notre médecine soigne avant tout une maladie avant de traiter le malade et de l’intégrer dans son milieu. Certes, elle fait montre d’avancées remarquables dans de nombreux domaines – urgences, chirurgie… Dans d’autres et en particulier dans la prévention, elle est plus démunie que la MTC du fait de sa jeunesse en termes de culture et surtout de son refus de prendre en compte la notion d'énergie circulant dans le corps humain.  

LA POSITION CHINOISE

La médecine traditionnelle chinoise – MTC – intègre d’abord et avant tout la notion d’énergie dans toute pathologie. S’y ajoute tout un ensemble de paramètres qui déconcertent au premier abord notre esprit occidental mais qui ne s’en révèlent pas moins d’une efficacité remarquable. Reprenons les deux exemples ci-dessus. Le syndrome dont elles souffraient correspondait à celui que la MTC appelle « humidité chaleur dans la vessie » : L’humidité provenait d’un mauvais fonctionnement de leur fonction « rate-pancréas », habituées qu’elles étaient de boire leurs deux litres d’eau par jour même en hiver pour suivre les recommandations actuelles. De plus, très attirées par tout ce qui était sucré, elles aggravaient ce syndrome en stimulant trop souvent donc en affaiblissant ce même ensemble d’organes. La chaleur, quant à elle, provenait dans leur cas de trois mécanismes :
  • l’humidité, de nature lourde, peu mobile, a tendance à stagner : elle se transforme alors en Humidité-Chaleur
  • le fait de manger des aliments très épicés – donc très échauffants – comme le faisait régulièrement la deuxième de ces patientes
  • ou comme dans les deux cas, un vie sentimentale et professionnelle faites de frustrations, d’humiliations, de colères entraînaient ce que la tradition chinoise appelle une surpression au niveau du foie. Cette surpression se transforme souvent en chaleur qui dans un premier temps  a tendance à monter vers le haut du corps : céphalée, visage et yeux rouges, insomnie …Cette surpression peut aussi attaquer l’estomac de façon transversale : brûlures d’estomac, aigreurs - tous signes de chaleur         L’humidité par nature a tendance à s’écouler vers le bas, même associée à la chaleur : c’est la raison pour laquelle, dans un deuxième temps, cette humidité chaleur se retrouve dans la vessie avec comme symptômes majeurs : mictions douloureuses à type de brûlures, impérieuses, fréquentes, peu abondantes, pouvant irradier dans l’abdomen et jusque dans les lombes ; les urines sont très colorées et le patient présente parfois de la fièvre et des frissons. Ce tableau est celui de la cystite au sens médical moderne. La sémiologie chinoise ajoute d’autres signes cliniques généraux tels que goût amer dans la bouche, constipation, enduit lingual jaune et gras et un pouls radial ample, glissant et rapide.
Le traitement va consister à tenir compte de chacun de ces signes pour aider le terrain du malade à chasser de lui-même les bactéries et autres virus. Les principes de base seront donc :
  • rafraîchir la chaleur
  • faire s’écouler l’humidité
  • arrêter la douleur
en stimulant certains points d’acupuncture qui peuvent varier selon l’intensité des douleurs et les signes accompagnateurs - fièvre, constipation, dysurie, douleurs abdominales ou lombaires, etc. La prévention comportera des conseils diététiques : boire selon la soif, limiter les graisses, les aliments trop sucrés, l’alcool, les épices fortes… La pharmacopée complètera ces traitements en tonifiant le système rate-estomac, le foie – ces malades seront à même alors de prendre de la hauteur par rapport à leurs problèmes relationnels – et le système rein-vessie par des formules de plantes appropriées, efficaces car expérimentées depuis des millénaires. Ce schéma clinique et thérapeutique est intéressant dans le seul cadre clinique de ces patientes. D’autres phénomènes peuvent être à l’origine d’une cystite :
  • Une déficience d’énergie au niveau des reins, comme chez les personnes âgées.
  • Une mauvaise circulation du sang au niveau abdominal.
  • Des excès émotionnels peuvent aussi engendrer de tels signes, etc.
Il n’est pas question de développer ici toutes les autres causes. Un bain froid ou une exposition prolongée au froid ralentit la circulation d’énergie et peut entraîner ce genre de pathologie. Beaucoup d’autres mécanismes sont envisageables. A chaque fois le traitement sera adapté aux véritables causes.